Bio, biodynamie et véganisme : amis, faux-amis ou simples connaissances ?

12 décembre 2025

En croisant les mots « bio », « biodynamie » et « véganisme » dans l’univers du vin, on pourrait croire qu’ils jouent tous dans la même équipe. Après tout, ils partagent un vocabulaire qui fleure bon la nature, la conscience écologique et le respect du vivant. Mais s’il y a un terrain où l’on adore les subtilités, c’est bien celui du vin ! Alors, démêlons les fils de ces trois notions qu’on confond beaucoup trop souvent, même chez les amateurs éclairés.

D’un côté, les labels bio (AB, Eurofeuille, Ecocert...) promettent des raisins cultivés sans produits chimiques de synthèse, ni pesticides de masse. De l’autre, la biodynamie — Demeter ou Biodyvin, pour les connaisseurs — pousse encore plus loin la philosophie : composts maison, cycles lunaires, préparations élaborées à partir de plantes... Enfin, le vin végane, c’est un produit issu d’une vinification (et d’un élevage éventuel) qui bannit totalement tout intrant d’origine animale.

Vous l’aurez compris : un vin bio ou biodynamique n’est pas forcément végane ! Mais pourquoi ce décalage ?

Les certifications bio font partie des critères les plus recherchés aujourd’hui, et c’est bien normal : d’après l’Agence Bio, 6,9 % des surfaces de vignes françaises sont certifiées bio en 2022 (source : Agence Bio). Un bond de +23% en cinq ans ! Mais ce label a ses limites, surtout si l’on cherche à protéger le règne animal jusqu'au verre.

  • Cantalisation à la vigne : Les produits phytosanitaires autorisés en bio doivent être d’origine naturelle, mais certains traitements (ex : bouillie bordelaise, soufre) peuvent néanmoins affecter la microfaune du sol.
  • Vinification – étapes sensibles : La législation bio européenne (réglement CE n°834/2007 et 889/2008) interdit de nombreux additifs de synthèse mais n’exclut pas certains produits d’origine animale comme la caséine (protéine issue du lait), la gélatine (protéine issue du porc ou du poisson) ou... le blanc d’œuf !

Autrement dit : un vin certifié bio peut parfaitement être clarifié à l’albumine ou à l’ichtyocolle (colle de poissons). Et aucune obligation d’informer clairement le consommateur, sauf pour certains allergènes. C’est là que le bât blesse pour le véganisme.

La biodynamie, star montante grâce à une poignée de domaines mythiques (Coulée de Serrant, Zind-Humbrecht…), va un cran plus loin : ici on parle de forces cosmiques et de préparations rituelles à base de plantes… et de bouses ! Eh oui, le composte et les fameuses "préparations" stars de la biodynamie sont souvent réalisées avec des organes animaux.

Voici quelques pratiques emblématiques :

  • La préparation 500 : bouse de vache fermentée dans une corne, puis pulvérisée sur la vigne.
  • La préparation 501 : silice dans une corne de vache, même scénario.
  • Préparation 502 à 508 : plantes macérées dans des organes animaux (ex : vessie de cerf, intestin, peaux).

Même chose côté cave : la biodynamie n’interdit jamais le recours à la gélatine, au blanc d’œuf, à la colle de poisson en clarification. Bref, la biodynamie défend le respect du vivant… mais n’est pas systématiquement en accord avec le véganisme.

Seule petite tendance à nuancer : certains vignerons biodynamiques (notamment ceux qui sont eux-mêmes végans ou qui travaillent pour une clientèle engagée) adaptent leur pratique pour utiliser exclusivement des intrants d’origine végétale. Cependant, la certification ne l’exige pas.

C’est lors de la vinification que tout se complique. Pour rendre le vin limpide et brillant, on pratique la collage : on ajoute une substance qui va s’agglomérer avec les particules en suspension pour les faire tomber au fond du fût. Devinez quoi ? Les matières les plus courantes viennent tout droit de la ferme ou de la mer…

  • Blanc d’œuf : utilisé particulièrement en Bordelais pour le collage des vins rouges 
  • Gélatine : issue de la peau ou des os d’animaux, parfois de poissons
  • Caséine : protéine extraite du lait
  • Colle de poisson (« ichtyocolle ») : vessie natatoire de certains poissons tropicaux

Bonne nouvelle, il existe des solutions végétales (pois, pomme de terre, bentonite…), mais elles ne sont ni systématiques ni imposées par le bio ni la biodynamie.

Substance Origine Bio autorisé ? Biodynamie autorisé ? Végan ?
Blanc d'œuf Animale Oui Oui Non
Gélatine Animale Oui Oui Non
Bentonite Minérale Oui Oui Oui
Protéine de pois Végétale Oui Oui Oui

Parmi les pays européens, le Royaume-Uni est le plus avancé sur la question : la majorité des supermarchés anglais (Waitrose, M&S, Tesco…) signalent désormais les bouteilles véganes via un logo. En France, c’est encore le parcours du combattant pour obtenir cette info en rayon !

Face à ce flou, des labels 100% végans sont apparus, mais ils restent minoritaires et souvent privés. Les principaux :

  • Vegan Society (UK) : pionnière du logo « Sunflower »
  • VeganOK (Italie)
  • EVE VEGAN (France)

Le souci, c’est qu’aucun de ces labels « vegan » n’est actuellement reconnu au niveau européen et qu’il n’existe aucune obligation légalement inscrite. Sur les 20 000 références de vin en France, à peine 200 sont officiellement labellisées « vegan » en 2024 (source : Vegan France Interpro).

L’idéal pour un vin parfaitement aligné sur le véganisme ? Un vin certifié bio ou biodynamique + un label végan. C’est encore rare, mais ça existe, surtout chez les vignerons les plus militants. Côté Rhône, par exemple, le domaine Roche-Audran coche toutes les cases.

Concrètement, trois cas de figure principaux :

  1. Vin bio ou biodynamique, NON végan :
    • Emploi d'intrants animaux admis : gélatine, œuf, lait, etc.
  2. Vin bio ou biodynamique ET végan :
    • Vigneron engagé choisissant de n’utiliser que des agents de collage végétaux ou minéraux (ex : bentonite, protéine de pois)
    • Pratique souvent indiquée sur le site internet du domaine ou la contre-étiquette
  3. Vin végan NON bio/biodynamique :
    • Vin industriel ou conventionnel utilisant des agents de collage végétaux (cas rare)

Pour s'y retrouver, la seule solution reste de poser la question, de lire attentivement les étiquettes ou… de consulter un site de confiance ! Un dernier chiffre ? Selon une enquête Ifop 2022, 44% des consommateurs français pensent qu’un vin bio est forcément végane. Ce qui montre l’énorme travail encore à faire côté pédagogie et transparence !

Pour éviter les mauvaises surprises quand on est végan, il y a quelques réflexes à adopter :

  • Privilégier les domaines qui affichent explicitement des pratiques végans (colle végétale, vin non collé/filtré, etc.)
  • Rechercher des labels végans fiables, même si minoritaires
  • Se méfier des appellations « Nature » : naturel ne veut pas dire végan obligatoirement
  • Éviter les grands crus bordelais (châteaux classés), souvent adeptes du collage à l’albumine
  • Surveiller les nouveautés : chaque année, de plus en plus de jeunes domaines français adoptent une démarche vraiment éthique, informez-vous sur leurs réseaux !

Si la compatibilité entre certifications bio, biodynamiques et véganisme laisse des zones d’ombre, la tendance est néanmoins à l’accélération du mouvement. Non seulement de plus en plus de vignerons passent au tout végétal en cave, mais la demande de vins « vegans + bio » croit à deux chiffres chaque année (source : IWSR Drinks Market Analysis). De quoi espérer voir, bientôt, les trois valeurs main dans la main sur l’étiquette… et dans nos verres, bien plus qu’en 2024.

Surveillez les sorties des nouveaux labels et interrogez sans relâche cavistes et vignerons : le vin responsable, c’est aussi le vin transparent.