Bio, biodynamie et véganisme : amours contrariées ou vraie synergie ?
vendredi 2 janvier 2026
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Apposer un joli macaron “Bio” ou “Biodynamie” sur une étiquette fait souvent rêver les amateurs de vins engagés : respect du vivant, aucun pesticide de synthèse, amour des sols… Mais cette belle histoire masque un détail qui fait grincer quelques verres chez les végans. Tout ce qui est bio ou biodynamique n’est pas systématiquement végan. Un paradoxe pour les consommateurs soucieux de leur impact : d’un côté l’engagement envers la nature, de l’autre la continuité d’un usage, parfois caché, d’intrants d’origine animale.
Avant de juger sur l’étiquette, faisons sauter les bouchons sur ce que valent vraiment ces certifications face aux exigences du véganisme.
La certification biologique, encadrée en Europe depuis 2012 (Règlement (UE) n°203/2012), proscrit l’usage de pesticides de synthèse à la vigne, limite les intrants œnologiques, mais c’est tout. Lorsqu’on se penche sur les pratiques en cave, la surprise est là : les agents de collage d’origine animale sont autorisés, même en bio. Blanc d’œuf, caséine (protéine du lait), gélatine de porc ou de poisson… Tout ça reste légal dans le cadre bio, tant que la matière initiale vient, elle-même, d’un élevage bio.
Le bio protège les sols, pas vos convictions véganes. C’est clair.
La biodynamie, inspirée par Rudolf Steiner (1924), va plus loin que le bio en intégrant le respect du vivant, mais aussi des rituels… résolument “non-végans”. Les deux principaux labels en France sont Demeter et Biodyvin. Ils imposent :
En juillet 2023, Demeter International rappelait la nécessité d’utiliser de l’origine animale dans la plupart de ses préparations, pour “respecter la vie du sol et le cycle complet de la ferme” (Demeter).
Si l’animal n’est pas consommé, il est omniprésent dans la logique biodynamique. L’incompatibilité stricte avec la philosophie végane saute aux yeux : un vignoble certifié biodynamique ne peut donc pas prétendre au label végan, ni du point de vue moral, ni du point de vue des intrants in fine.
Contrairement aux certifications bio ou biodynamiques, le véganisme, en tant que label vinicole, n’a pas de cahier des charges européen ou français officiel. Ce sont des labels privés qui font foi (Vegan Society, Expertise Végane Europe…), et chacun a ses critères.
Exemple : un vin bio filtré à la bentonite (argile) et non au blanc d’œuf peut répondre aux critères végan… Sauf s’il provient d’une parcelle cultivée en biodynamie utilisant les fameuses cornes bovines.
Impossible, à ce stade, d’obtenir une garantie “triple certification” (bio + biodynamie + végan) : à cause des intrants animaux interdits en véganisme mais exigés en biodynamie.
Les vignerons ne sont jamais obligés de signaler sur l’étiquette la présence de ces agents animaux, sauf allergènes majeurs (caséine ou blanc d’œuf depuis 2012, selon le règlement européen). Le consommateur végane doit donc ruser, scruter, parfois interroger le vigneron directement.
En 2021, selon un sondage du Wine and Spirit Trade Association au Royaume-Uni, 63 % des consommateurs ignoraient que du poisson ou du lait pouvait rentrer dans la composition d’un vin — y compris les buveurs bio convaincus !
Certains domaines cumulent les démarches bio et véganes, mais au cas par cas :
Quelques rares domaines affichent désormais le double label sur la bouteille (Ex : Château Les Donats, Bergerac, certifié AB et Expertise Végane Europe). Mais attention, la tendance reste minoritaire : moins de 2 % des vins bio français seraient aussi officiellement végan (Wine-Searcher, Fev. 2024), faute de demande affichée… ou de volonté d’afficher ces engagements croisées.
Pour la biodynamie, la messe est dite. L’utilisation de préparations animales est indissociable de la certification Demeter ou Biodyvin. Ni l’une ni l’autre ne propose et ne prévoit d’aménagement “vegan friendly”, et les rares tentatives de “biodynamie végane” se sont heurtées à des refus catégoriques côté labels (La Revue du vin de France).
Seule exception : quelques (très) rares producteurs optent pour une démarche s’en inspirant (traction animale exclue, préparations végétales ou minérales), mais ils ne peuvent revendiquer le label. Il existe aussi le label Vegan Wine (British Vegan Society), qui exige l’absence totale d’intrants animaux y compris dans la vigne, mais reste ultra minoritaire en France (Vegan Society).
D’après une étude Mordor Intelligence 2023, le marché du vin végan a crû de plus de 9 % par an entre 2018 et 2023, poussé par les préoccupations éthiques, environnementales et la montée des allergies alimentaires. Dans le même intervalle, la part des consommateurs cherchant explicitement la mention “végan” sur une étiquette est passée en France de 1,5 % à 6 % (Statista, 2023).
Même les mastodontes du bio commencent à se positionner. En Allemagne, la coopérative Riegel Bioweine propose depuis 2022 une gamme végane et bio labellisée, répondant à la demande d’une clientèle “Bio + Vegan”.
Mais la biodynamie, de son côté, reste fermée au débat, au nom du “cycle du vivant” qui inclut, pour Steiner, indissociablement l’animal.
Pression consommateur aidant, certains réfléchissent à des cahiers des charges “bio ET végan”, voire à un label “veganique” (terme déjà utilisé en agriculture maraîchère). L’Italie expérimente de premiers domaines certifiés selon ces deux logiques, et l’Espagne accélère. En France, on attend toujours une harmonisation officielle.
Bref, choisir un vin à la fois bio, biodynamique ET végan, relève aujourd’hui du parcours du combattant — à l’exception de quelques perles (bios & véganes), il faut faire des compromis, ou user de la transparence des petits vignerons pour tout savoir sur leurs pratiques.
S'informer, questionner, exiger la transparence : c’est aujourd’hui le trio gagnant pour allier respect du vivant, convictions végétales et plaisir du vin. Une nouvelle révolution de la bouteille est sans doute en marche !