Vins végétaliens : Les subtilités de l’identification en France, Italie et Espagne

26 août 2025

Autant mettre fin tout de suite à l’idée reçue : un vin étiqueté « vegan » ne naît pas dans les mêmes conditions en France, en Italie ou en Espagne. La définition, elle, est globalement partagée : il s’agit d’un vin fabriqué sans aucune substance d’origine animale – ni à la vigne, ni en cave. Exit la colle de poisson, la caséine ou le blanc d’œuf utilisés comme agents de clarification (“collage”). Le hic, c’est la reconnaissance officielle de cette appellation.

  • France : Aucun décret national ne définit légalement le vin végétalien. L’État laisse la place aux labels privés (Vegan Society, EVE Vegan, V-Label, etc.), ce qui laisse un degré de subjectivité non négligeable.
  • Italie : Même constat : la loi n’encadre pas la mention « vegan », mais la péninsule est pionnière en labels privés, avec parfois une volonté régionale d’afficher la composition sur l’étiquette (source : WineNews.it, 2022).
  • Espagne : Idem. Pas de définition officielle – même si le ministère espagnol de l’Agriculture a évoqué un projet de différenciation entre « vegan » et « végétarien » dans la législation alimentaire générale (source : El País, 2023).

En clair : chaque cave, qu’elle soit languedocienne, toscane ou castillane, gère (presque) ce point comme elle l’entend.

La France : le paradoxe d’un pays producteur… mais discret sur les mentions

En France, même dans les rayons spécialisés, le mot « végétalien » ou « vegan » brille par son absence sur la majorité des étiquettes. La cause ? Un mélange de réglementation stricte (tout ce qui ne relève pas d’une indication légale doit être approuvé), d’habitudes marketing qui préfèrent valoriser les terroirs et cépages historiques, et un marché qui, pendant longtemps, a jugé ce type d’allégation trop “de niche”.

  • Seuls 0,7 % des vins produits en France affichaient en 2022 une certification végétalienne sur l’étiquette, tous labels confondus (source : Observatoire Européen du Veganisme).
  • Les labels les plus présents : EVE Vegan (EVE Vegan), V-Label, mais presque jamais en face avant. Il faut souvent retourner la bouteille et jouer à Sherlock Holmes.
  • La notice d’ingrédients n’est pas obligatoire pour les vins (contrairement aux produits alimentaires classiques), même si de nouveaux textes européens imposeront plus de transparence d’ici fin 2024 (source : Union Européenne – règlement (UE) 2021/2117).

L’Italie : Les labels vegan, argument marketing gagnant

L’Italie a flairé le marché. Résultat : on trouve de plus en plus de vins arborant fièrement la certification « Vegan OK » ou « V-Label » en grand, souvent devant, parfois même sur la contre-étiquette avec des pictogrammes verts bien visibles.

  • En 2023, plus de 700 vins italiens recensés possédaient une certification vegan, contre moins de 300 en France (statistiques VeganOK.it).
  • Les régions comme la Vénétie, la Toscane et les Abruzzes – piliers du vin italien à l’export, notamment en France – prennent même les devants sur la législation nationale, poussant les producteurs à afficher la mention pour rassurer le marché allemand ou anglo-saxon.
  • Distinction intéressante : certains producteurs affichent la mention « Non contiene derivati di origine animale nel processo di produzione e chiarifica ”, ce qui donne de la transparence sur l’absence de tout usage animal même lors de la clarification – étape souvent opaque côté français.

L’Espagne : Mention vegan… quand toute la production n’est pas déjà ‘accidentellement’ végétalienne

En Espagne, la communication sur le vin vegan reste plus rare sur l’étiquette. Pourquoi ? Beaucoup de domaines familiaux, en particulier dans le Sud et en Galice, pratiquaient déjà le vin “naturellement” végétalien sans le revendiquer. La demande intérieure est forte, mais l’export (notamment vers le Royaume-Uni) incite depuis peu à afficher un quelconque label, le plus souvent V-Label ou des déclinaisons locales.

  • L’Espagne se situe entre France et Italie : moins de labels explicites que les vins italiens, mais davantage qu’en France. En 2022, près de 8,5 % de la production bio était aussi végétalienne (source : EcoVino).
  • Le marché allemand est l’un des premiers consommateurs de vin espagnol vegan – d'où des efforts supplémentaires pour rassurer sur l’identification dans l’étiquetage à l’export.

Trois grands labels règnent sur le marché européen :

  • V-Label (Suisse – reconnu partout en Europe)
  • Vegan OK (Italie)
  • EVE Vegan (France, mais peu utilisé en dehors des frontières)

Mais il faut se méfier. Tous ces labels ne contrôlent pas toujours chaque étape. Par exemple, certains ne vérifient que les fiches techniques envoyées par le producteur, sans audit sur site ni analyse complémentaire.

Il existe aussi des labels plus confidentiels (comme Vino Vegano Spain), qui s’affichent surtout sur le marché espagnol. Mais globalement, la fiabilité varie :

Label Contrôle sur site Reconnaissance France Présence sur vins italiens Présence sur vins espagnols
V-Label Selon le plan qualité (papier, parfois sur site) Moyenne Haute Haute
EVE Vegan Oui Haute Rare Faible
Vegan OK Oui Rare Très haute Faible

Un label visible ne signifie pas pour autant que tout le processus est contrôlé. Les exigences en termes de vérification documentaire et d’audit externe varient fortement. Et aucune norme européenne ne vient homogénéiser la pratique.

En décembre 2021, l’Union européenne a adopté le règlement (UE) 2021/2117, qui impose une transparence accrue des ingrédients utilisés pour les vins mis sur le marché à partir de décembre 2023 (source : European Parliament, lire ici). Mais à l’heure actuelle, peu de domaines français, italiens ou espagnols prennent les devants.

  • En France : Les syndicats professionnels restent attentifs mais l’application reste floue.
  • En Italie : Les vitrines du vin vegan profitent de cette avancée pour multiplier les labels – mais tout dépend du distributeur.
  • En Espagne : Encore timide, sauf sur les grandes cuvées destinées à l’exportation.

La tendance en 2024 : davantage d’étiquetage transparent, mais rien n’oblige encore la mention “vegan”. La mention “ne contient pas de produits d’origine animale” sera optionnelle, sauf si le producteur cherche à valoriser ce point.

  • Penser “label” mais pas que : Un vin sans label peut tout à fait être végétalien – mais impossible de le savoir sans contact direct avec le producteur ou lecture d’une fiche technique officielle.
  • Regarder la face arrière : En France, c’est souvent sur la contre-étiquette que le label est imprimé. En Italie, c’est parfois devant, grosse distinction !
  • Miser sur l’export : Les vins italiens, espagnols et français destinés au marché allemand ou britannique affichent plus volontiers la mention vegan, car ces pays l’exigent pour l’importation.
  • Se méfier du “spirit” bio : En Espagne et en France, nombre de vignerons revendiquent des pratiques “pures” mais utilisent néanmoins des produits animaux en cave (ex : colle de poisson ou albumine), faute de standardisation vegan.
  • Sites et applis utiles : Barnivore recense les vins végétaliens du monde entier, mais attention, c’est une base collaborative (donc pas toujours exhaustive ou à jour).

À savoir : même pour un œil aguerri, il reste quasiment impossible d’identifier un vin végétalien sur une simple lecture d’étiquette en France aujourd’hui. En Italie, le marché pousse à plus de clarté sur l’étiquette “frontale”. En Espagne, les habitudes changent – mais le sujet reste discret dans les petits domaines locaux, où la certification est perçue comme une contrainte supplémentaire.

Le marché européen du vin végétalien se structure, mais la grande majorité des bouteilles françaises, italiennes ou espagnoles destinées à la vente grand public (ou même chez les cavistes pointus) ne mentionne encore aucune info claire sur l’absence de produits animaux. Pourtant, la demande progresse : selon une étude IWSR, la progression des vins vegan en Europe occidentale avoisine +12 %/an depuis 2019. Un bon espoir d’évolution rapide.

Face à l’incertitude des étiquettes, l’approche la plus efficace reste la curiosité (oser demander, lire les fiches techniques, écrire aux domaines) et la confiance envers certains labels… tout en étant conscient.e de leur imperfection. Côté français, bien lire les dos d’étiquettes et repérer les cuvées certifiées EVE Vegan ou V-Label. Côté italien, le “Vegan OK” a le mérite d’être direct et rassurant. En Espagne, vigilance, mais le mouvement s’accélère, soutenu par la tendance bio et la poussée à l’export.

En définitive, derrière une même mention “vegan”, l’arrière-cuisine réglementaire et marketing diffère encore beaucoup selon la provenance du vin. Gageons qu’entre éthiquette et étiquette, l’avenir du vin éthique passera inévitablement par plus de lisibilité.