Vins végétaliens : Comment la Bourgogne, le Bordelais et le Languedoc tirent leur épingle du jeu ?

23 août 2025

Un vin végétalien n’est pas qu’un vin “bio”, ou “nature”. Le point clé, c’est l’absence totale de substances animales à la vigne comme à la cave : ni colle de poisson (isinglass), ni albumine d’œuf, ni caséine, ni sang séché pour la clarification. L’agriculture et la vinification doivent bannir tout intrant animal. En France, moins de 2% des domaines afficheraient aujourd’hui un engagement strictement végane (source : Observatoire du Véganisme/VinVégétal 2023).

Impossible de comprendre la reconnaissance ou non du vin végan sans plonger dans la culture de chaque région. Le rapport à l’éthique, à l’innovation et au consommateur y varie aussi sûrement que le climat !

Bourgogne : où histoire rime avec prudence

  • Patrimoine et micro-parcellaires : La Bourgogne, c’est d’abord l’attachement à la tradition, la primauté de l’appellation, l’exigence du terroir. Ici, la moindre expérimentation suscite méfiance.
  • Ouverture relative : Si la Bourgogne est pionnière sur le bio (près de 24,5% des surfaces viticoles en 2023 selon l'Interprofession des Vins de Bourgogne), le végétalien n’a encore qu’une place marginale. Les labels végans sont rares. Seuls quelques domaines “jeunes pousses” (ex : La Louère à Mâcon, ou certains boisés en Côte Chalonnaise) assument ce positionnement de façon claire.
  • Raisons ? Le poids de la tradition, l’omniprésence des prescriptions des œnologues, et la prudence des vignerons face aux changements qui pourraient influencer la typicité des vins.

Bordeaux : une région en transition, mais pas sans inertie

  • Capitale internationale : Bordeaux entraîne dans son sillage la modernisation du marketing, mais reste très attachée à son image “grand cru”.
  • Bio et conversion : 20% des surfaces sont bio ou en conversion en 2023 (source : CIVB). Mais… moins d’1% des châteaux affichent un logo “vegan”. Le souci affiché ? La clientèle classique, surtout à l’export, n’en fait pas (encore) une priorité.
  • Exemples à suivre : Des pionniers existent : Château le Puy, Château Roche Guard, La Gaffelière (pour certains millésimes) proposent des vins techniquement végétaliens, même s’ils communiquent peu dessus côté grand public.

Languedoc : la contrée pionnière du vin sans filtre... au double sens du terme

  • Terroir de l’audace : Premier vignoble bio de France (39% des surfaces en 2023 selon SudVinBio), le Languedoc fait figure d’eldorado pour viticulteurs audacieux et jeunes vignerons prêts à tout essayer.
  • Labels en hausse : Environ 40 domaines revendiquent – et promeuvent – le label vegan, dont le célèbre Domaine La Colombette, qui a exporté près de 30% de sa production végane vers l’Allemagne et le Royaume-Uni en 2022.
  • Circuit court et direct : Un marché local dynamique, mais surtout une ouverture totale sur les niches export, notamment dans les pays du Nord, plus sensibles au critère vegan.

Comprendre le niveau de reconnaissance demande de mesurer la demande, les réponses des acteurs, et la façon dont le produit est “vendu” (ou pas…).

Une demande qui explose doucement, mais sûrement

  1. Consommateurs “zéro compromis” : Selon The Vegan Society, 4% des Français s’identifient comme végétaliens ou végans, et près de 30% disent réduire activement leurs produits animaux (étude Ifop 2022).
  2. Marché dinternational : En 2021, le Royaume-Uni a consommé plus de 10 millions de bouteilles de vins végétaliens, soit +12% par rapport à 2019 (Wine Intelligence).
  3. Restauration et épicerie fine : Dans les grandes villes françaises, près d’un restaurateur sur sept propose un vin officiellement “vegan” à la carte, mais la répartition est très inégale selon la région (source : Végépolitan, 2023).

Une offre tributaire de l’état d’esprit local (et de la notoriété des labels)

Région Part de domaines avec un label vegan (est.) Communication grand public Perception professionnelle
Bourgogne <1% (moins de 20 domaines sur >3000) Quasi-inexistante, même sur site internet “Micro-niche”, souvent vue comme gadget
Bordeaux 1% (environ 60 sur >6000) Essentiellement sur certains millésimes Distinction “technique”, pas “commerciale”
Languedoc >2% déclarés en 2023 (près de 150 domaines) Souvent sur packaging, salons, export Argument de différenciation assumé

Impossible de comparer sans parler du poids des labels — mention “Vegan” indépendante (EVE VEGAN, V-Label), engagement officiel “sans intrant animal”, ou simple déclaration sur site web...

  • Bourgogne : Prédominance des auto-déclarations, rarement contrôlées. Les labels indépendants restent anecdotiques. Certains domaines craignent que la mention “vegan” nuise à leur aura haut de gamme ou à leur image d’authenticité.
  • Bordeaux : Les grands négociants s’informent du végétalisme mais gardent une prudence extrême, évoquant la “traçabilité” sans valoriser le label. Signalons tout de même que l’Union des Grands Crus de Bordeaux s’est engagée à recenser les pratiques dans sa charte 2024.
  • Languedoc : La région la plus affichée, déréglée sur l’étiquette, dans la communication et sur les réseaux. Des salons spécialisés (“SudVinVegan”) voient le jour, et des partenariats s’établissent déjà avec de grandes enseignes bio comme Biocoop. On note aussi un intérêt marqué chez les importateurs scandinaves et allemands.
  • En Bourgogne: Une poignée de domaines testent des clarifications à base de pois ou de pommes de terre, mais restent discrets pour éviter les polémiques. Plusieurs syndicats de vignerons redoutent la confusion avec les vins “nature”, ce qui freine la visibilité grand public. Anecdote marquante : en 2022, l’organisation du concours “Bourgogne Vegan Challenge” n’a pas réussi à réunir dix échantillons labellisés…
  • À Bordeaux: Le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) a initié un groupe de travail sur la “neutralité animale”, focalisé surtout sur l’export vers les Amériques et l’Asie — là où la demande vegan grimpe, du côté des cavistes en ligne notamment. Des essais d’alternatives innovantes voient le jour à l'INRAE.
  • Dans le Languedoc: Les salons annuels comme “Millésime Bio” accueillent désormais des corners “vegan”, où la présence double presque chaque année (16 stands en 2020 ; 31 en 2023 selon SudVinBio). Des partenariats entre vignerons et start-ups agricoles (ex : Elistis, pour la clarification à base de petits pois français) sont cités en exemple au niveau européen.

La reconnaissance n’est pas qu’une question d’offres et de logos. Les prescripteurs et les consommateurs jouent un rôle fondamental.

  • Bourgogne : Les sommeliers locaux restent timorés, évoquant la “notion de terroir absolu”. 70% des cavistes interrogés lors de la Fête des Vins 2023 n’ont jamais eu de demande directe pour des vins végétaliens (source : France Bleu Bourgogne).
  • Bordeaux : Les cavistes à Bordeaux-ville rapportent une curiosité croissante, surtout auprès des jeunes et via l’œnotourisme. Cependant, la majorité des ventes restent cantonnées aux références sans label — suspicion que la notion “vegan” reste secondaire dans l’acte d’achat, même si 18% des grandes écoles bordelaises disposent d’une offre vegan lors de leurs soirées dégustation (Université de Bordeaux, 2022).
  • Languedoc : C’est là que l’on sent la bascule : les jeunes sommeliers se forment à l'accord végétal, 40% des bars à vin “nouvelle génération” mentionnent des options vegan, et les ventes progressent aussi en grande distribution régionale (étude Kantar, 2023).
  • Bourgogne : Pour un Pinot Noir éthique : Domaine La Louère, certifié EVE VEGAN depuis 2022.
  • Bordeaux : Château Roche Guard, vignoble bio et vegan-friendly, médaillé d’argent au Concours Vegan World 2023 ; à essayer également, les blancs secs du Château Le Puy.
  • Languedoc : Domaine La Colombette (notamment leur gamme “Plume”), le Domaine de la Jasse, ou Clos Fantine (Coteaux du Languedoc, naturel et vegan de la vigne à la cave).

Pour finir, difficile de ne pas souligner que, malgré d’incontestables avancées, la France reste à la traîne côté visibilité vegan. En Espagne, 11% des vins présentaient une certification vegan en 2023 (Observatorio del Vino Vegano) ; en Italie, ce chiffre tutoie les 7%. La dégustation “vegan” devient un événement en soi à ProWein (Allemagne). L’effet domino est inévitable : au fil des millésimes, les labels vegan devraient s’inviter partout… question, peut-être, de génération.

  1. Plus de labels officiels pour garantir la confiance — et éviter l’aubergine-washing !
  2. Des formations dédiées aux cavistes, restaurateurs, sommeliers, pour accompagner la demande montante d’accords végétaliens (et sortir du sempiternel “Chardonnay-poulet”).
  3. Des campagnes communes inter-régions pour valoriser le savoir-faire français, une fois encore, mais du côté de l’éthique assumée.

Le vin végétalien, chez nous, n’est pas (encore !) entré dans le “panthéon” régional, mais la reconnaissance grandit, millésime après millésime… et ce, différemment en Bourgogne, Bordeaux, et Languedoc. De quoi savourer la prochaine dégustation avec encore plus de questions à poser au vigneron !