Peut-on vraiment trouver des vins véganes à la Société des Vins et Eaux-de-vie ?
vendredi 20 juin 2025
vendredi 20 juin 2025
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Impossible de parler distribution de vins en France (ou ailleurs, d'ailleurs) sans évoquer la Société des Vins et Eaux-de-vie (SVEV). Cette maison, sorte d'institution parmi les grands négociants, propose depuis près d’un siècle une large gamme allant de la piquette de soif aux flacons de prestige. Mais alors, face à la montée en puissance du véganisme dans les assiettes… et les verres, est-ce que SVEV a su prendre le train de l’éthique en route ?
Petit rappel pour celles et ceux qui débarquent : non, un vin n’est pas nécessairement végan. Loin de là. La clarification des vins (collage) fait appel depuis des siècles à des produits d’origine animale – blancs d’œuf, colle de poisson, caséine laitière, etc. Résultat : pour un public attentif à l’éthique, difficile d’y voir clair sans indication précise.
Interrogeons le répertoire produit de la SVEV. Premier constat : contrairement à certains marchands spécialisés ou à de plus petits distributeurs engagés (Biocoop, Oé vins ou la sélection Vins Vegan du site britannique The Vegan Society), la SVEV ne propose pas de catégorie ou de filtre « végan » sur son site ou sur ses communications commerciales publiques (voir leur catalogue officiel 2023).
Qu’est-ce que ça implique concrètement ? Pour le consommateur en quête de repères, la traçabilité végane au sein de l’offre SVEV reste opaque. Impossible d’identifier facilement, sans analyse poussée ou contact direct, un vin garanti sans intrants animaux.
En clair : pour les consommateurs végans, il faut souvent mener sa propre « enquête de détective ». Et si certains cavistes passionnés connaissent sur le bout des doigts leur catalogue, ce n’est pas la politique officielle de l’entreprise.
Pour saisir l’enjeu, un petit détour par les chiffres s’impose. D’après The Vegan Society, la demande de produits véganes a connu une croissance de 350% rien qu’au Royaume-Uni sur la dernière décennie, et la France n’échappe pas à la vague : selon une étude de Xerfi publiée en 2023, près de 1,3 million de Français auraient adopté un régime végane ou végétarien, un chiffre en hausse de 24% en cinq ans.
Pour les vins spécifiquement, on estime que moins de 3% des vins distribués sur le marché français peuvent être considérés comme véganes (source : Wine Intelligence, 2022). Plus spectaculaire encore : la mention « vegan wine » sur les moteurs de recherche ou les places de marché atteint +68% de requêtes entre 2020 et 2023 (données Google Trends).
Autrement dit : les distributeurs généralistes sont en retard. Les chaînes comme Nicolas, Lavinia ou Carrefour introduisent timidement quelques références estampillées véganes, mais la SVEV n'affiche pas de stratégie assumée sur ce segment, malgré un public de plus en plus demandeur.
L’absence de clarté sur la liste d’ingrédients reste le gros point noir – d’autant que la réglementation européenne ne contraint toujours pas les vignerons à détailler leur procédure de collage sur l’étiquette (bien que cela évoluera probablement à l'horizon 2025-2026 selon Wine-Searcher).
À la décharge de la SVEV, il existe bien quelques vins dans ses références qui, potentiellement, pourraient répondre aux critères véganes… mais ce n’est jamais le point de vente prioritaire. À titre d’exemple, des propriétés partenaires en Moselle ou dans le Languedoc revendiquent une vinification sans produits animaux, mais il faut vraiment creuser pour le découvrir.
Le marché français manque cruellement d’un recensement officiel, à l’instar de ce que propose Barnivore ou Vivino à l’international. Ceux-ci référencent, selon leurs propres données, près de 52 000 vins véganes à l’échelle mondiale (Barnivore, 2024). Pour la SVEV, qui commercialise plusieurs centaines de références, le manque de sélection dédiée laisse donc sur leur faim les amateurs français.
Pourquoi une telle frilosité pour s’aligner sur la demande ? Plusieurs hypothèses émergent :
Pourtant, il y aurait là une vraie opportunité à saisir. Selon IWSR Drinks Market Analysis (2023), le marché mondial des boissons véganes représentait près de 3,9 milliards d’euros, avec une croissance attendue de 10% par an d’ici 2028. L’Europe (France, Royaume-Uni, Allemagne en tête) se distingue comme zone la plus dynamique.
Certaines maisons commencent à s’y mettre sérieusement, notamment dans le bio ou la biodynamie (Domaine Catherine & Pierre Breton, Domaine de la Garance, etc.). Les domaines les plus à la pointe affichent désormais leur engagement sur leurs contre-étiquettes, un mouvement qui ne devrait que croître avec la demande généralisée de transparence.
Des plateformes internationales, comme Waitrose au Royaume-Uni, communiquent déjà ouvertement sur leurs gammes véganes. Pourquoi la SVEV ne s’y met-elle pas ? Le retard est là, mais la balle est dans leur camp.
| Point à vérifier | Indicateur positif | Indicateur négatif |
|---|---|---|
| Étiquette ou fiche technique | Mention "vegan", "collé à la bentonite", "protéines végétales" | Aucune information, ou mention de blanc d’œuf, colle de poisson |
| Label | Logo The Vegan Society, EVE Vegan | Absence de label |
| Certification globale (bio, biodynamie) | Souvent compatible (vérifier au cas par cas) | Rien n’est sûr sans plus de précisions |
| Informations sur le site distributeur | Rubrique dédiée, FAQ, fiche explicative | Absence totale de catégorie spécifiquement végane |
L’heure n’est plus à la simple tendance : la demande de vins véganes s’impose comme un mouvement de fond. Les géants comme la SVEV, pourtant capables d’impulser des bascules dans les habitudes de consommation, semblent ici marquer le pas.
En tant qu’amateur, la meilleure arme reste la curiosité : lire attentivement les fiches, interroger les producteurs, comparer les labels et suivre l’actualité — car la réglementation évolue et, avec elle, la transparence exigée de tous les grands noms du secteur. Les plus attentifs, eux, savent que savourer un bon vin commence par savoir ce que l’on boit… et pourquoi on le choisit.