Vins végans : La Société des Vins et Eaux-de-vie tient-elle la route pour les amateurs engagés ?

18 juillet 2025

Que vous soyez déjà amateur averti ou simplement curieux, la question “La Société des Vins et Eaux-de-vie propose-t-elle des références de vins végans ?” n’est pas anodine. De plus en plus d’amateurs se tournent vers la dégustation responsable : entre conscience environnementale, respect du vivant et envie de consommer autrement, jamais le terme « végan » n’a été autant d’actualité dans le monde du vin. Les grands distributeurs, à l’instar de la Société des Vins et Eaux-de-vie (appelée parfois SVEV dans le milieu), doivent donc répondre à ces attentes... Mais le font-ils vraiment ?

La course aux labels, la complexité des procédés de vinification, la faible réglementation autour du mot « végan » dans le vin… Autant d’éléments qui sèment le trouble. Faire le tri est un vrai défi. Décryptage, chiffres clés et panorama des pratiques : il est temps de plonger dans la question sans langue de bois.

Avant d’enquêter sur l’offre de la Société des Vins et Eaux-de-vie, il faut lever un malentendu persistant. Non, le raisin n’est pas tout le temps synonyme de vin végane. Ce qui distingue un vin classique d’un vin végan ? Principalement le collage, opération qui consiste à clarifier le vin avant la mise en bouteille.

  • Les vieilles habitudes : Oeufs, colle de poisson (ichtyocolle), caséine (protéine de lait), et parfois même gélatine animale sont utilisées dans ce processus. Selon L214 et PETA, 8 à 10 % des vins en France utilisent encore au moins une de ces substances animales.
  • Alternative végane : Bentonite (argile), pois, charbon végétal, voire de nouveaux processus technologiques, sont les solutions favorites des domaines en quête d’éthique.

Si la présence d’agents d’origine animale est de plus en plus rare, elle est encore loin d’être anecdotique. Voilà pourquoi chercher des vins vraiment végans (garantis donc sans aucune trace animale à tous les stades de production) est tout sauf un gadget.

Impossible de dresser le portrait de ce mastodonte du vin sans rappeler son influence : la SVEV figure parmi les plus importantes sociétés de négoce françaises, avec un catalogue orienté B2B, mais également ouvert aux amateurs via son site et ses relais boutiques (source : ).

  • Plus de 15 000 références de vins et spiritueux (France et monde entier)
  • Des gammes qui vont du petit domaine jusqu’aux icônes classées
  • Des partenariats avec de nombreux restaurants et cavistes

Derrière cette profusion, la question de la traçabilité et de la lisibilité des pratiques viticoles se pose. Est-ce une place de marché ouverte à la diversité des pratiques – y compris véganes – ou une vitrine encore timide sur ce créneau ?

Première surprise : la mention « végan » est rarement mise en avant dans le moteur de recherche du site de la SVEV. Malgré la montée en puissance de la demande, la Maison ne propose pas, à ce jour, de filtre spécifique pour cette catégorie (en comparaison, certains sites comme ou le proposent déjà). Il est donc impossible de sortir – d’un clic – une liste complète de références garanties véganes.

Néanmoins, quelques domaines revendiquent la certification (label « EVE VEGAN », , etc.), mais il faut farfouiller, croiser les informations et parfois solliciter le service client pour obtenir confirmation.

  • Les chiffres parlent : Sur une recherche parmi les 500 domaines français les plus présents sur la plateforme en 2024, moins de 2 % affichent un label vegan reconnu sur leur fiche d’après le comparateur Vin Vegan.
  • La transparence en question : Quelques grands noms, comme les domaines bordelais reconnus en bio ou biodynamie, laissent entendre des pratiques véganes mais ne l’affichent pas en toutes lettres. Prudence : bio n’égale pas systématiquement végan !

La SVEV symbolise donc le paradoxe de la distribution de vins végans à grande échelle : des options existent, mais le chemin pour l’amateur conscient est semé d’embûches.

Parce qu’il faut parfois jouer les détectives, voici quelques astuces pour ne pas se planter :

  • Guettez les labels :
    • « Vegan Society » (UK reconnus depuis 1944)
    • « EVE VEGAN » (français indépendant, exigeant et monté en puissance depuis 2016)
  • N’hésitez pas à solliciter le service client ou les fiches techniques des domaines. La plupart des vignerons sérieux (ou de leurs distributeurs) sont désormais capables d’apporter une réponse précise… mais il faut parfois (beaucoup) insister.
  • Méfiez-vous des faux amis : « Vin nature », « bio » ou « biodynamie » ne sont pas des labels végans. Par exemple, Demeter (biodynamie) autorise toujours le blanc d’œuf pour le collage. On avance, mais doucement.
  • Les domaines engagés le mentionnent souvent sur leur site direct plus que chez les distributeurs : un petit coup d’œil sur le site de la propriété peut lever le doute.
  • Les réseaux sociaux sont vos amis : Instagram et Facebook regorgent de vignerons passionnés qui répondent à ces sujets spécifiques.

Certaines plateformes internationales affichent des options plus lisibles : WineDirect UK et The Wine Society proposent désormais des moteurs de recherche « vegan wine ». La France, et la SVEV, avancent un peu plus prudemment.

Malgré la dynamique végane, la France reste en queue de peloton européen sur l’affichage et l’offre de vins strictement vegan, au profit de l’Espagne, du Royaume-Uni et de l’Allemagne, qui devancent largement (source : Vegan Society).

  • En 2023, la France ne comptait que moins de 160 domaines « labellisés végétaliens », contre près de 700 en Allemagne et plus de 1000 en Espagne (source : Vegan Wine Guide 2023).
  • La réglementation ne l’impose pas : l’obligation d’indiquer les produits de collage n’est profitable qu’à partir de juillet 2022, et seulement si un allergène est en jeu – donc pas pour la gélatine ou la colle de poisson utilisées en toute discrétion.
  • Souvent, la pression du marché est jugée « trop faible » pour justifier un affichage spécifique selon (Baromètre 2023).

Face à cela, la SVEV et ses consœurs suivent – parfois à contretemps – la tendance qui, elle, vient nettement plus souvent du consommateur citadin ou engagés que des producteurs traditionnels eux-mêmes.

  • En 2024, une étude menée par le cabinet révèle que 17% des cavistes franciliens sont sollicités « au moins une fois par semaine » pour trouver des vins végans. Pourtant, moins de 4% peuvent proposer deux références différentes à chaque fois !
  • Certains distributeurs glissent l’info discrètement sur les étiquettes, mais dans plus de 70 % des cas, seuls les clients qui posent la question obtiennent la véritable info (source : SOWINE/Ifop 2023).
  • Parmi les rares vins véganes facilement repérables auprès de la SVEV en ligne : les cuvées du domaine Les Vins de Vienne ou certains vins étrangers, principalement néo-zélandais et australiens, qui ont l’habitude d’afficher la mention sans ambiguïté.

Le label végan progresse et l’offre française évolue, même si elle demeure confidentielle. Parmi les signes encourageants :

  • Le nombre de certifications EVE VEGAN a doublé entre 2022 et 2024, avec 74 nouvelles cuvées recensées sur Vin-Vegan.com en un an.
  • Un mouvement de fond s’esquisse chez les jeunes vignerons – le Collège des Œnologues estime que 20 % des étudiants œnologie 2023 sont « sensibilisés à la vinification végane ».
  • Certains grands groupes, comme La Vieille Ferme et Maison Chapoutier, affichent désormais des cuvées véganes dans leur catalogue France et Export.

Le vrai défi pour les distributeurs comme la Société des Vins et Eaux-de-vie ? Sortir des discours de façade et apporter un vrai outil pour repérer et comprendre ce que l’on boit. Pas juste une case dans un filtre, mais des fiches techniques limpides, le dialogue avec les vignerons et (pourquoi pas : on ose rêver !) une composition accessible et réellement vérifiable.

  • Vegan Society - Pour comprendre et suivre l’évolution des labels, au Royaume-Uni et ailleurs.
  • EVE VEGAN - Le label français de référence pour le vin végane.
  • Vin Vegan - Comparateur qui référence tous les vins végans repérés avec leurs distributeurs.
  • Votre association locale de protection animale : certaines publient des guides (parfois téléchargeables gratuitement) sur les alternatives véganes dans les rayons vins et alcools.
  • Votre caviste indépendant ou bar à vins engagé sur la question : souvent les mieux informés, et ravis d’en discuter franchement.

La Société des Vins et Eaux-de-vie n’est pas totalement à la traîne – des références existent, quelques vignerons s’engagent, la tendance légère se dessine. Pourtant, la vraie révolution viendra à deux conditions : une traçabilité limpide et la volonté d’aller au bout de la démarche. Pour l’instant, le flacon végane est encore plus facile à dénicher dehors qu’en rayon… à moins de passer expert à force de recherches. Mais l’avenir pourrait bien réserver de jolies surprises, à mesure que la demande explose et que les producteurs, comme les distributeurs, trouvent leur rythme.

Et pour celles et ceux qui souhaitent s’y mettre dès maintenant : les réseaux d’assos, les comparateurs de vins éthiques et les labels spécialisés restent les meilleurs alliés pour trinquer sans ombre au tableau. Il ne manque plus que la volonté des grands noms pour rendre la recherche de vins végans aussi simple qu’un clic !