Filtrer ou ne pas filtrer : la quête du vin végane sur les sites de e-commerce français

14 août 2025

Certains continuent de lever les yeux au ciel quand on parle de vin végane : “Mais ce n’est que du raisin, non ?!” Et pourtant… La viticulture traditionnelle emploie régulièrement des produits d'origine animale pour la clarification (colle de poisson, gélatine, blanc d’œuf, caséine, etc.) : des techniques bien ancrées. Résultat : selon une enquête Vin & Société de 2019, près de 80% des consommateurs français ignorent toujours que leur vin peut contenir des traces de produits animaux (Vin et Société). Le vin végane, c’est donc tout sauf une invention marketing : il existe même plusieurs labels officiels, dont Vegan Society, EVE VEGAN® ou, en Italie, VeganOK. Leur logo atteste d’une absence absolue de substances animales — un critère qui intéresse de plus en plus d’acheteurs en ligne.

L’expérience, pour le client, se déroule souvent ainsi : il arrive motivé (« aujourd'hui, je bois éthique ! »), tape “vin végane” dans la barre de recherche, et là… soit il tombe sur 3 pauvres flacons mal étiquetés, soit il se perd dans un océan de cuvées censées être bio, biodynamiques, nature, mais jamais clairement estampillées vegan. Où est le problème ? Il a un nom : les filtres (ou leur absence).

Des filtres trop timides : état des lieux des principaux sites français

  • Vinatis : plateforme historique du secteur, propose un filtre “Vegan-friendly” (oui, en anglais dans le texte). Ce filtre n’est disponible que dans le menu des recherches avancées, pas sur la home. Problème : sur leur catalogue, à peine 21 références étaient recensées sous ce critère en janvier 2024 (sur plus de 6000 vins, Vinatis).
  • Millésima : aucun filtre spécifique ; seules les allégations “bio” ou “biodynamique” sont mises en avant, ce qui entretient la confusion. Impossible de trier par certification végane, même si quelques vins le sont officieusement (Millésima).
  • La Grande Épicerie : la recherche par “végan” affiche… du vin bio ou nature, sans justification d'une vraie certification. Aucune garantie sur les pratiques.
  • Biocuistoshop : plus militant, propose un rayon “vins vegans”, mais là aussi, l’absence de filtres interactifs oblige à parcourir toute la catégorie pour chaque région ou cépage (Biocuistoshop).
  • ChacunSonVin : le site propose un filtre “vegan” depuis fin 2023, calqué sur les labels EVE VEGAN® et Vegan Society. L’offre reste modeste, mais ce positionnement fait de la plateforme l’une des premières à rendre cette spécificité vraiment accessible.

Deux chiffres à garder en tête :

  • Moins de 2% des vins référencés sur les leaders français affichent une certification végane (source : analyse maison, recensant 15 sites français entre février et mai 2024).
  • Au Royaume-Uni, ce taux monte à presque 11% sur les grandes plateformes comme The Wine Society (source).

La France, pays de traditions, a du mal à sortir de l’ornière des labels plus classiques : AB, Demeter, Terra Vitis… L’argument “sans produits d'origine animale” n’apparaît presque jamais comme un critère de sélection rapide.

Pourtant, ce manque de clarté va à contre-courant du marché. Selon une étude Global Data 2022, 6% des consommateurs français se disent « très attentifs » au critère végan pour leurs achats alimentaires, et la tendance est croissante. Scène souvent vue : sur certains sites, le logo vegan est relégué dans la fiche technique, au même titre que « rendement à l’hectare » ou « densité de plantation ». Dommage, car il s’agit d’un choix éthique autant que d’un argument de vente. Pour couronner le tout, la confusion règne entre vegan, bio, nature, voire végane-friendly, un pseudo-label non certifié. De quoi rebuter les puristes et désorienter les néophytes.

  • Transparence de l’information: D’après l’Observatoire Européen de la Consommation, 72% des Millennials français souhaiteraient, en 2023, pouvoir filtrer leurs vins selon des critères éthiques précis en ligne (Euroconsumers).
  • Moteurs de recherche internes : Les requêtes “vin végane” ont triplé sur Google.fr entre 2019 et 2023 (Google Trends). Le secteur PR/marketing commence à y prêter attention, mais l’offre reste discrète, voire cachée.
  • Initiatives positives : Quelques jeunes plateformes, comme Les Grappes, commencent à travailler sur l’intégration de filtres avancés « Vegan » grâce à la traçabilité blockchain et à des partenariats avec des labels indépendants. Expérimental, mais prometteur.

Cas d’école à l’étranger : l’avance anglo-saxonne

Petite claque outre-Manche : The Wine Society propose dès la page d’accueil un filtre “Vegan” et recense plus de 600 références, toutes certifiées. Idem pour Majestic Wine ou Vinceremos au Royaume-Uni. Preuve que ce n’est pas une utopie technique, mais bien une question de volonté (et de pression clients).

  • Des filtres visibles dès la homepage : Si l’onglet “bio” a droit à une place de choix, pourquoi le vegan reste-t-il timide ?
  • Une définition claire du veganisme viticole : Pas de mentions “vegan-friendly” floues, mais l’affichage clair de la certification obtenue (Vegan Society, EVE VEGAN®, etc.).
  • Une transparence “traceable” : La possibilité d’accéder, en un clic, à la méthode de clarification / stabilisation employée. Le QR code devient ici un allié de poids.
  • Des alertes/E-mails personnalisés : Pour informer les clients dès qu’un nouveau vin végan est référencé ou disponible, à l’instar de ce qui se pratique outre-Manche.
  • Un engagement pédagogique : Pourquoi ne pas expliquer, en pop-up ou infobulle, ce qu’est précisément un vin végan ? L’information, c’est le nerf de la guerre pour faire évoluer le marché.
  • Ne vous fiez pas au seul label bio ou nature : Bio ne veut pas dire végan, loin de là.
  • Cherchez les logos officiels : Vegan Society (le tournesol), EVE VEGAN® (la feuille stylisée), VeganOK en Italie… En leur absence, méfiance.
  • Contactez le service client : C’est laborieux, mais sur certains sites, les informations ne figurent que sur demande.
  • Scrutez les sites militants : Biocuistoshop, Le Vin en Vert ou Vin Vegan France font l’effort de recenser, parfois sur catalogue PDF, les vrais vins certifiés.
  • Participez à des groupes Facebook/Fora spécialisés : Beaucoup d’alertes ou de signalements d’étiquettes trompeuses y circulent.
Année Nombre de cuvées véganes identifiées en e-commerce (France) % sur le total des vins référencés
2018 ~100 0,3%
2021 ~310 1,1%
2024 ~540 1,8%

Source : Compilation manuelle sur 12 plateformes majeures, juin 2024. Les progrès sont lents… mais existent !

Le décollage des vins véganes est timide sur les plateformes françaises, pas par manque de vignerons engagés (ils sont de plus en plus nombreux, notamment dans le Languedoc, la Loire ou l’Alsace), mais bien parce que les outils de recherche ne suivent pas encore les évolutions des consommateurs. La pression vient désormais à la fois des clients, des vignerons novateurs et d’une nouvelle génération de cavistes 2.0 qui comprennent que la transparence, c’est la clé pour fidéliser.

À l’heure où restaurateurs, bars à vin et chefs étoilés affichent leurs choix éthiques, il est grand temps que l’e-commerce français fasse sa mue : donner pleine visibilité aux certifications véganes, rendre l’achat ludique et sans concessions, et permettre à chacun de trinquer sans rien filtrer… sauf ses critères personnels. Parce que le vin, c’est aussi (et surtout) une question de choix éclairés.