Ce que pensent vraiment les sommeliers parisiens du goût des vins véganes
jeudi 4 septembre 2025
jeudi 4 septembre 2025
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Le vin, à Paris, n’a jamais été qu’un simple breuvage. Ici, chaque bouteille raconte une histoire, chaque étiquette se scrute, chaque arôme se débat à coups de nez dressé. Dès lors, impossible de débarquer avec un vin « végan » sans soulever les verres, et surtout les débats. Le goût, justement, serait-il différent ? Les sommeliers parisiens, bastion du palais affûté, s’accordent-ils sur cette question ?
Entre curiosité, scepticisme et engouement surpris, la scène vinicole de la capitale s’anime. Mais avant de rentrer dans les arguments (et les dîners mondains où certains tentent l’aveugle), petit retour sur ce qui fonde, concrètement, cette catégorie passionnée de vin.
Avant de trancher la question du goût, on précise ce qu’est un vin végan – et pourquoi il n’a rien d’un effet de mode. Contrairement à la croyance répandue, tout le vin n’est pas naturellement végétalien : la clarification (« collage ») utilise souvent des produits d’origine animale (blanc d’œuf, poisson, gélatine, caséine). Ils servent à rendre le vin limpide plus rapidement, sans pour autant être présents dans le produit final.
Un vin végan bannit ces substances au profit d’alternatives végétales (protéines de pois, bentonite, charbon actif) ou… parfois rien du tout, pour peu que la patience fasse le reste. Et Paris, toujours friande d’avant-garde, voit de plus en plus de ses cavistes et sommeliers s’intéresser à ces démarches, à mi-chemin entre éthique et innovation (Sources : Vignerons.engages.com, Le Monde, 2024).
Pour examiner sérieusement la question du goût, certains bars à vins et restaurants parisiens ne reculent devant rien : ils organisent des dégustations à l’aveugle pour leurs équipes. L’idée : tester objectivement, sans l’a priori « green-washing ». Plusieurs établissements emblématiques, du Septime La Cave au Barav, s’y sont prêtés ces deux dernières années.
Ce qui ressort : l’idée reçue d’un goût distinct ou « moins abouti » des vins véganes ne résiste pas à l’aveugle. Mieux, plusieurs sommeliers ont été bluffés par la précision, voire la pureté de certains jus.
Passons au nerf de la guerre : est-ce qu’en bannissant l’œuf ou la colle de poisson, le vin change fondamentalement ? Les chimistes oenologues, souvent plus prudents que les amateurs d’opinions tranchées, tempèrent :
Un autre point technique : certains vignerons véganes pratiquent la non-intervention (pas de collage du tout). On pourrait alors avoir des vins perçus comme plus « bruts », mais ce n’est ni systématique, ni réservé aux étiquettes véganes : nombre de grands vins naturels ou bios font de même.
Dans la pratique, les sommeliers parisiens sont surtout sensibles à trois choses :
Illustration concrète : lors du dernier Salon du Vin Végétalien de Paris (mars 2024), plusieurs tables rondes avec dégustation ont montré, à l’issue de tests croisés, une préférence marquée pour des vins dont la philosophie – véganisme, bio, biodynamie – était comprise et expliquée. L’acte de dégustation devient aussi philosophique que sensoriel !
Prudence tout de même aux raccourcis faciles. Beaucoup de clients s’attendent à ce qu’un vin végan soit aussi systématiquement nature, voire bio ou biodynamique. Ce n’est pas forcément le cas (et inversement) : un vin bio ne garantit pas l’absence d’intrant animal, un vin nature pas toujours non plus.
| Type de vin | Sans intrant animal | Sans sulfites | Certification obligatoire |
|---|---|---|---|
| Vin végan | Oui | Pas nécessairement | Non, mention libre |
| Vin bio | Parfois | Rarement | Oui (Eurofeuille) |
| Vin biodynamique | Pas toujours | Souvent moins | Oui (Demeter, Biodyvin, etc.) |
Sources : REF Vin, Demeter France.
On ne va pas se mentir, Paris est à la fois laboratoire et miroir déformant des tendances nationales. Sur près de 3 800 établissements recensés par la CCI de Paris en 2024, seuls 120 revendiquent explicitement un engagement végane pour leurs cartes vins (Source : CCI Paris, 2024). C’est peu, mais la croissance est rapide : +42 % en deux ans.
Autre point notable : certains établissements étoilés comme Racines ou Dersou proposent au moins un vin végan au verre, là où la concurrence internationale (Londres, Berlin) compte depuis longtemps une offre dédiée.
Plus que jamais, les sommeliers parisiens ne se contentent pas de décrire les vins véganes comme « différents » – ils les voient comme porteurs de sens nouveau. Pour nombre d’entre eux, le goût ne s’arrête pas au palais : il englobe l’histoire, l’engagement, l’audace. Les débats sont parfois vifs (entre défenseurs du classicisme absolu et « militants du fruit vivant »), mais ils témoignent d’une chose : le vin végan a gagné le droit d’exister… et d’être jugé pour ce qu’il est dans le verre, pas pour ce que l’on fantasme sur son étiquette.
Après tout, la beauté du vin réside dans sa capacité à questionner, à évoluer, à fédérer des communautés autour du plaisir, du respect et du partage. Ce sont les sommeliers, plus que personne, qui incarnent cette évolution dans nos verres. À suivre, donc, entre deux gorgées – et, fort à parier, de futures surprises à la carte !