Protéine de pois : Vers une révolution dans la vinification végane à Bordeaux

mercredi 29 juillet 2026

Comprendre le vin végane

L’intérêt grandissant pour la vinification végane à Bordeaux

Dans un contexte où la demande pour des vins certifiés véganes progresse sensiblement, la région de Bordeaux s'interroge sur les techniques les plus adaptées pour répondre à ces attentes. Selon un rapport de l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin), la part des consommateurs de vin sensibles aux pratiques éthiques, incluant le véganisme, a augmenté de 15% en France entre 2016 et 2022. Cette évolution sociétale incite de nombreuses propriétés bordelaises à revisiter leurs méthodes traditionnelles, souvent dépendantes de produits d’origine animale pour l’étape du collage, afin d’intégrer des solutions d’origine végétale.

Protéine de pois : principes, extraction et législation

La protéine de pois (Pisum sativum) est obtenue essentiellement par extraction aqueuse et clarification des graines de pois, technique similaire à celle utilisée dans l’industrie agroalimentaire. Cette protéine présente un excellent profil colloïdal grâce à sa structure riche en lysine et en acides aminés soufrés, la rendant particulièrement performante pour la clarification des moûts et vins. Sur le plan réglementaire, depuis la résolution OIV/2012/570, son utilisation dans le vin est explicitement autorisée, à condition que la mention figure sur l’étiquette, répondant ainsi aux exigences de traçabilité demandées par le consommateur végane ou allergique.

Du blanc au rouge : efficacité comparée de la protéine de pois face aux colles animales

Données techniques issues d'expérimentations bordelaises
Bordeaux, région historiquement liée à l’usage de la gélatine, de la caséine et de l’ovalbumine, s’ouvre désormais à des colles alternatives.
  • Blancs secs et liquoreux : Plusieurs essais conduits sur Sauvignon blanc et Sémillon en Graves illustrent que la protéine de pois permet une clarification efficace (réduction NTU < 5 en moins de 36h) équivalente à l’albumine d’œuf, tout en évitant le risque d’arômes soufrés secondaires liés à la caséine.
  • Rouges puissants : Sur Merlot et Cabernet Sauvignon, les essais INRAE Bordeaux (2021) montrent que la protéine de pois entraîne une diminution comparable des matières en suspension, tout en préservant la structure tannique recherchée dans les grands crus. Aucune altération négative du profil sensoriel n'est notée, sous réserve d’un dosage ajusté entre 10 et 30 g/hL.

En comparaison, la bentonite ou la PVPP, alternatives non animales, peuvent entraîner des pertes aromatiques supérieures et une plus grande difficulté de décantation pour les lots rouges.

Mécanismes d’action physico-chimiques de la protéine de pois dans les vins

L’action du collage repose sur l’affinité électrostatique entre les charges positives portées par la protéine de pois et les composés polyphénoliques ou colloïdaux instables, majoritairement négatifs, présents dans le vin.
  • Floculation et sédimentation : Lorsque la protéine est ajoutée, elle flocule rapidement et piège en réseau les particules instables, ce qui accélère la sédimentation.
  • Impact sur la stabilité protéique et liptique : Contrairement à la bentonite qui agit essentiellement sur la stabilité protéique, la protéine de pois possède aussi une action limitée sur la réduction des lipides oxydables, contribuant ainsi à une meilleure stabilité aromatique sur le long terme.

À noter que l’efficacité varie selon la matrice du vin, le pH et la température au moment de l’ajout.

Impact sensoriel et retour d’expériences dans le Bordelais

L’adoption de la protéine de pois soulève des questions sur l’intégrité organoleptique des vins bordelais, reconnus pour leur palette aromatique complexe.
Quelques chiffres issus du CIVB (Comité Interprofessionnel des Vins de Bordeaux) :
  • En 2023, près de 70 domaines ont conduit des micro-vinifications comparatives avec et sans protéine de pois.
  • Dans 80% des panels de dégustation à l’aveugle, aucune différence significative n’est observée entre les vins traités à la protéine de pois et ceux collés traditionnellement à l’albumine ou la caséine (panel de 30 œnologues, source : Union des Œnologues de France Bordeaux Sud-Ouest).

Seuls 5 à 10% des échantillons présentent une note végétale perceptible, souvent corrélée à un surdosage ou à une mauvaise dissolution du produit.

Cas pratiques : domaines bordelais pionniers de la vinification végane

Plusieurs propriétés du Bordelais s’illustrent par leurs choix techniques pour répondre à une clientèle végane ou soucieuse de l’absence de produits animaux.
  • Château La Grâce Fonrazade (Saint-Émilion Grand Cru) : Dès 2019, le château convertit une partie de sa production en utilisant exclusivement la protéine de pois pour le collage de ses cuvées « Nature & Respect ».
  • Château Rioublanc (Côtes de Blaye) : Domaine certifié Bio, pionnier du collage végétal, dont 100% des vins sont clarifiés à la protéine de pois depuis 2020.
  • Château Dauzac (Margaux) : Expérimentations menées principalement sur les seconds vins, avec retour positif sur la limpidité et le maintien du profil tannique du Cabernet Sauvignon.

Comparaison des principales colles œnologiques : efficacité, coût, enjeux allergènes

Produit de collageEfficacité
(clarification)
Coût indicatifAllergènesOrigine
Albumine d’œufÉlevée (vin rouge)2 à 4 €/hLOui (œuf)Animale
GélatineÉlevée (polyvalent)2 à 4 €/hLOuiAnimale
Protéine de poisÉlevée (tous types)2 à 5 €/hLPeu (<0,1%)Végétale
BentoniteMoyenne (protéines)1 à 3 €/hLNonMinérale
PVPPBonne (oxydation)8 à 10 €/hLNonSynthétique

À noter : la protéine de pois se distingue par l’absence d’allergène majeur reconnu, contrairement à l’albumine et la caséine, et contribue ainsi à une meilleure acceptabilité pour les marchés non seulement végans mais aussi à risque allergique.

Enjeux techniques et limites actuelles de la protéine de pois

  • Réactivité au pH bas et haute turbidité : L’efficacité du collage diminue dans des vins très acides ou fortement turbides, nécessitant une adaptation du protocole (éventuellement préclarification à la bentonite).
  • Effet potentiellement végétal à haute dose : Un dosage mal calibré peut induire un goût herbacé ou poussiéreux, surtout sur des vins légers.
  • Gestion des résidus : Les bourbes issues de ce collage sont parfaitement biodégradables, mais l’impact sur la filtration finale doit être anticipé (risque d’encrassement des filtres plus élevé qu’avec la gélatine, mais moindre qu’avec la bentonite).

Perspectives : vers une généralisation de la vinification végétale à Bordeaux ?

L’usage de la protéine de pois, grâce à sa compatibilité organoleptique, sa neutralité en allergènes majeurs et ses performances techniques validées dans de nombreuses propriétés bordelaises, s’installe comme une alternative sérieuse aux agents traditionnels d’origine animale. Le développement de filières d’approvisionnement locales en pois (Nouvelle-Aquitaine) pourrait par ailleurs réduire l’empreinte carbone des chais.
À l’échelle du vignoble mondial, Bordeaux occupe ainsi une place de précurseur dans la réflexion sur la vinification végane de qualité, à rebours des idées reçues sur l’immobilisme des grandes régions historiques.

FAQ sur la collage végane en viticulture bordelaise

La protéine de pois peut-elle altérer le goût des grands vins rouges ?

Une maîtrise du dosage et un protocole bien suivi évitent tout impact aromatique. Dans 90% des cas, les panels d’œnologues ne distinguent pas sensoriellement un vin collé au pois d’un vin collé traditionnellement.

Quelles certifications sont nécessaires pour revendiquer un vin végane à Bordeaux ?

Outre le respect du collage sans produits animaux, une traçabilité stricte est requise, souvent validée par des organismes indépendants (Vegan Society, EVE VEGAN, etc.). L’indication est optionnelle mais appréciée sur l’étiquette.

La protéine de pois est-elle adaptée à toutes les typologies de cépages bordelais ?

Oui, mais certains vins à structure tannique élevée (Malbec, Petit Verdot) nécessitent un ajustement du protocole de clarification.

Quels impacts environnementaux ?

La protéine de pois, produite localement, présente une empreinte carbone réduite et soutient une agriculture de diversification dans la région.